La kinésithérapie

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Le travail du kinésithérapeute est assez connu, pourtant ce qu’il peut faire en cas de torticolis et de plagiocéphalie est moins connu. Nous avons donc tenu à vous en parler au même titre que l’ostéopathie, afin que vous découvriez le champ d’action d’un kinésithérapeute dans cette situation.
Nous avons demandé à deux supers kinés de nous parler de leur travail, Marie et Audrey.
Bonne lecture de leur article.


Prise en charge en rééducation d’un enfant porteur d’un Torticolis Congénital et/ou d’une Plagiocéphalie.


Article rédigé par Marie Gaubert-Noirot et Audrey Firon, kinésithérapeutes pédiatriques

Mots clés :
  • Torticolis
  • Plagiocéphalie
  • Prévention/dépistage
  • Précocité de dépistage
  • Pluridisciplinarité
  • Alterner les positions d’installation
  • Horizontalité du regard : motricité/sensorialité préservées

 

« Sur le dos pour faire dodo
Sur le côté pour téter
Sur le ventre pour jouer
Tourner pour s’amuser… »

Une prise en charge en kinésithérapie doit toujours être à la demande d’un médecin, la prescription n’est pas quantitative et reste au jugement du ou de la kinésithérapeute. Les références médico-kinésithérapiques opposables proposent un nombre entre 6 et 12 séances, ce qui correspond à un traitement de torticolis positionnel simple. Il est préférable que ce traitement soit réalisé par un (ou une) professionnel(le) spécialisé(e) en pédiatrie. Certaines régions comme Midi-Pyrénées recensent ces kinésithérapeutes et proposent des sites, comme l’AKPMIP.

Après la consultation médicale ou après un bilan kiné, le traitement est réalisé 2 fois/semaine au cabinet. Le plus précocement possible.

Définitions-Prévention et Dépistage précoce d’un Torticolis :

Les mesures de prévention des Torticolis se heurtent aux consignes systématiques de couchage strict du nourrisson sur le dos (prévention de la Mort Subite du Nourrisson). Ces consignes de couchage pour les temps de sommeil sont anormalement étendues à l’ensemble du temps d’éveil.

Il existe deux sortes de torticolis :

Le torticolis positionnel : contracture d’un muscle, le S.C.M (Sterno-Cléido-Mastoïdien), muscle du mouvement sensible aux postures de contraintes. Le S.C.M droit incline la tête vers la droite et la tourne à gauche. Un torticolis droit est une atteinte du S.C.M droit. C’est le plus fréquent, qui survient après la naissance d’apparition progressive par installation systématique et répétitive sur le dos ou dans un transat à plan dur, ou souple comme le Cocoona-Baby. Cette pathologie est un fléau car elle induit tout un cercle vicieux : asymétrie musculaire puis positionnelle, déformation progressive du crâne :   Plagiocéphalie, d’autant plus que les soudures dont les « Fontanelles » sont physiologiquement ouvertes, schémas moteurs asymétriques, enfin « Syndrome de Méconnaissance du membre supérieur ». C’est une rééducation que nous ne faisions jamais avant, ou très peu, et qui devrait être impérativement évitée.

Il suffirait en maternité de proposer aux mamans que le temps de sommeil soit strictement sur le dos, tête bien alignée, et que le temps de réveil, où l’on peut surveiller son bébé, propose des alternances de positionnement. Pendant l’éveil, positionner l’enfant de ¾ sur le côté droit et gauche bien calé, et sur le ventre pour favoriser l’apparition du tonus de redressement et la pseudo-reptation.

De même, si le biberon est donné, alterner comme pour le sein à droite et à gauche et favoriser le portage.

Le torticolis anténatal qui survient quand l’enfant est comprimé (grossesse gémellaire par exemple) ou précocement engagé ou mal positionné in utero. Il s’associe d’emblée à une Plagiocéphalie. Le diagnostic est fait à la naissance, parfois l’accouchement est difficile. Il s’accompagne d’une déchirure du muscle qui en saignant constitue un hématome appelé « Olive ». En se calcifiant, l’hématome constitue une cicatrice-obstacle transversale à l’axe du muscle. C’est un torticolis moins fréquent, plus difficile et long à traiter. Pathologie non évitable.

– La Plagiocéphalie est une contrainte d’écrasement des os du crâne constituée de « Méplats » et de bosses. La Brachycéphalie un aplatissement de la partie postérieure du crâne.

Ce qu’il faut retenir, c’est que dans le premier cas on peut inverser la tendance et en faire disparaître les effets. Agir en amont dans les maternités serait l’idéal auprès de tous les acteurs de la petite enfance. C’est l’affaire de tous : parents, médecins, personnels de crèches, nounous….

Bilan diagnostic initial de kinésithérapie :

A distance d’une prise alimentaire, le bébé est positionné sur le dos, au départ à plat puis la tête légèrement surélevée. Le kiné doit en tout premier lieu observer l’enfant dans sa gesticulation spontanée et ses attitudes préférentielles. Noter s’il y a une attitude en fixation.

Ensuite on note, avec un stimulus visuel (une cible) et sonore (un grelot), l’indépendance de mobilité des yeux et la rotation pour suivre l’objet présenté.

On note si les deux mains sont portées à la bouche, s’il est possible de le faire.

Le bilan fonctionnel se réalise :

– couché à plat dos : on porte passivement les deux pieds du bébé à la bouche et on note si une rotation apparaît de façon systématique, signe de rétraction musculaire asymétrique postérieure, si un membre supérieur est « oublié ». On observe enfin le positionnement des épaules et de l’axe en réaction aux stimulations extérieures.

– assis : le kiné placé derrière les épaules du bébé alignées, on apprécie les méplats, les asymétries, le recul d’une oreille, l’avancée controlatérale du massif facial.

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Bébé assis, on note l’asymétrie postérieure, le recul du bras droit par rapport au gauche

– sur le ventre : l’alignement des épaules et du crâne, l’éventuel recul d’une épaule si on corrige une posture figée. En imposant un pédalage des jambes au bébé on note si la tête suit par rotations.

– en suspensions latérales : on note si la tête regarde de face ou s’effondre vers le sol, et si le bras du bébé monte au-dessus du plan.

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– en fin de séance, on mobilise passivement le cou en inclinaisons et rotations droites et gauches. On analyse ainsi un torticolis associé par rétraction musculaire, souvent inéluctable si la Plagiocéphalie est bien installée. Les mobilités sont comparables à l’adulte même si un bébé semble avoir un cou plus ramassé.

Conclusion du bilan : à l’issue de ce bilan, un kiné spécialisé doit savoir comment il va orienter son traitement et surtout s’il faut rajouter des étirements à une rééducation motrice.

Traitement

Il se fait en trois temps : l’analyse des mesures d’installation à la maison, l’éducation aux parents des bons gestes au quotidien, le traitement par le professionnel au cabinet.

  • L’installation à la maison concerne le lit, le transat, le siège auto, le portage pour le positionnement, l’utilisation des stimuli sonores et visuels pour provoquer les rotations vers le secteur du bras oublié, la manière de nurser le bébé : alimentation et soins.
  • L’éducation aux parents, c’est appendre les bons gestes de portage, une façon de jouer et de stimuler son enfant de façon orientée, reprendre doucement certains enchaînements moteurs appris lors des séances de kiné.
  • La rééducation au cabinet :
    • Par l’apprentissage moteur : en stimulation motrice des retournements, des enroulements, des transferts de poids, des réflexes de protection et de redressement.
    • Par des postures statiques si un muscle est rétracté il est nécessaire de l’étirer de façon douce. Ces gestes étant réservés au seul kiné.
    • Si un port de casque est préconisé, il est possible de faire certains exercices moteurs avec le casque, en particulier assis ou debout, ce qui permet d’adapter la posture et de composer avec le poids du casque qui corrige certes les déformations crâniennes mais a le fâcheux inconvénient d’en aggraver l’inclinaison. (Note de l’association : les poids des orthèses sont variables selon les technologies utilisées et donc cet inconvénient, en cas de torticolis, n’est pas toujours constaté.)

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Importance du rôle des parents

Les parents ont un rôle essentiel dans le suivi quotidien de la mise en place des conseils donnés par le thérapeute; ils vont permettre une continuité du traitement en dehors des séances réalisées par le kinésithérapeute.

Il est donc important que les consignes soient claires, faciles à mettre en place, et non chronophages.

Le torticolis positionnel est entretenu par un cercle vicieux liant une attitude préférentielle et une adaptation du crâne à cette position par la Plagiocéphalie, ces deux éléments pouvant entraîner des asymétries de tonus musculaires et des rétractions. Il faut donc tout mettre en œuvre pour « casser » le cycle délétère.

Conseils d’installation du nourrisson en période d’éveil, en cas de torticolis :

  • Éviter d’installer le bébé dans le transat et dans la coque en dehors des temps de transport.
  • Préférer le tapis d’éveil, en alternant des temps de décubitus dorsal et ventral.

Lorsque le bébé est porté, il est important de vérifier que la position favorise la rotation de la tête du côté opposé à la Plagiocéphalie.

« La rééducation consiste donc à prendre en compte ces paramètres, et à ajuster la posture en fonction des compensations et garder l’horizontalité du regard. »

Conseils de stimulations du nourrisson:

  • Stimulations visuelles : Il est très important d’obtenir l’accroche visuelle du nourrisson et d’amener son regard du côté opposé à la Plagiocéphalie: le regard va entraîner l’amorce de la rotation de la tête du côté voulu et doit accompagner, sur toute l’amplitude, cette même rotation.

Chez les plus jeunes nourrissons, les jouets ou objets fortement contrastés sont les mieux adaptés à leurs capacités visuelles. Il est conseillé d’associé à ses stimuli visuels des stimuli auditifs afin d’appuyer la captation du bébé.

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  • Stimulations du main-bouche:
    Chez le nourrisson, la découverte du corps passe aussi par la bouche.

Le torticolis amène souvent l’enfant à ne mettre à la bouche que la main du côté de la rotation spontanée de la tête. Ce fait contribue à la méconnaissance du membre supérieur opposé qui va être « oublié » dans la motricité spontanée du nourrisson. Il est donc utile d’aider le bébé à découvrir sa main par le biais de sa bouche en stimulant cette « prise de contact ».

  • Stimulations de la motricité symétrisée et rassemblée :
    Dans les premiers mois de sa vie, le bébé évolue d’une motricité dite primaire vers une motricité volontaire plus riche. Il faut être vigilant à respecter l’âge moteur de l’enfant dans les conseils de stimulations donnés aux parents.

Dans un premier temps, il faut « rassembler » le bébé dès le plus jeune âge avec des gestes simples.

Il peut être nécessaire de surélever légèrement la tête par l’installation, et de cette position, on peut lui montrer ses pieds, faire « applaudir » les pieds en les tapotant l’un contre l’autre, essayer de faire attraper les pieds par les mains du nourrisson…

A partir de cette position rassemblée, il est intéressant de dissocier les épaules du bassin en initiant des passages sur les côtés en accompagnant le bassin en rotation d’un côté puis de l’autre.

Rééducation particulière dans le cas d’un port de casque :

Nous avons à Toulouse l’expérience de la rééducation associée avec le port d’un casque. Il a été remarqué, quand le casque est porté et adapté, qu’il améliore spectaculairement la forme du crâne et cela assez rapidement. En revanche de par son poids, et si elle était présente avant, le casque aggrave l’inclinaison de la tête du côté du torticolis. Et cela tout aussi rapidement. (Note de l’association : les poids des orthèses sont variables selon les technologies utilisées et donc cet inconvénient, en cas de torticolis, n’est pas toujours constaté.)

En conséquence, il faut d’emblée prévoir des conseils de portage et d’installation préventifs. Il ne faut pas se laisser surprendre.

Sur Toulouse, nous faisons une séance toujours en deux temps :

  • L’enfant arrive au cabinet avec son casque, on commence face à une glace un travail d’alignement de la nuque par rapport aux épaules. Dans différentes positions en fonction de l’évolution motrice : assis dans un petit siège, assis tailleur au tapis, à genoux, en « chevalier » et debout. Le thérapeute placé derrière l’enfant, joue avec lui : saisir des objets et les manipuler, chanter, raconter une histoire etc… tout en corrigeant la posture et incitant au maintien de plus en plus longtemps de la correction.
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Rôle éducatif du thérapeute à son cabinet : soin porté aux détails du quotidien, montrer l’exemple de correction de la position en porte-bébé et dans un cosy

  • Puis le casque est enlevé, on travaille sur un gros ballon les équilibres et les réponses motrices adaptées avant/arrière et latérales. A califourchon sur un petit cheval …

Le but est de rendre la correction automatique avec et sans casque en équilibrant les forces musculaires droite et gauche. On s’aide en cela des principes de Rééducation Motrice Précoce, du jeu et du simple bon sens.

Les parents sont invités à reproduire les gestes et corrections appris lors de la séance. Le thérapeute a un accompagnement de Guidance Thérapeutique primordial.

Evolution du traitement :

Le traitement au départ intensif s’allège de 2 séances à 1 par semaine, et doit continuer jusqu’à l’acquisition de la marche, période qui court après l’arrêt du port du casque. On fait alors une pause de 3 mois avec un bilan au bout de ces 3 mois afin de décider de l’arrêt définitif du traitement. Il faut donc compter un traitement de 13/15 mois.

A Toulouse, la kinésithérapie est en parallèle de séances d’ostéopathie. Les deux traitements sont complémentaires et interactifs. La pluridisciplinarité est de mise.

Rééducation particulière post-chirurgicale :

Il est extrêmement rare d’en arriver à une chirurgie du S.C.M, elle concerne les enfants de plus de 5 ans pour lesquels tout traitement a échoué et qui présentaient une forme grave anténatale. Elle consiste à une libération par section sous arthroscopie des chefs antérieurs et internes en préservant le chef postérieur pour des raisons esthétiques et d’équilibre du cou. Après une immobilisation permanente dans un corset-minerve sur mesure, la rééducation se fait de façon intensive : massage de la cicatrice, étirements doux et progressifs du chef préservé, exercices visant à retrouver l’horizontalité du regard et la sensibilité profonde yeux ouverts puis fermés, petits jeux visant à rechercher la position idéale yeux fermés en statique puis en mouvement.

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Conclusion :

Le maintien absolu du principe de l’horizontalité du regard, l’obligation d’acquérir pour un bébé les gestes mains à la bouche et pieds à la bouche, l’harmonie sensorielle et motrice que nous devons préserver, la curiosité qui le pousse vers le mouvement guident les principes du traitement des Torticolis. Nous devons tous guider ces découvertes par la prévention la plus précoce possible et la mise en place d’un réseau de soins.

Marie Gaubert-Noirot Toulouse (31), Audrey Firon Elne (66)
Kinésithérapeutes Pédiatriques

Crédit photos : Marie Gaubert-Noirot, et Association Plagiocéphalie Info et soutien. Tous droits réservés ©


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Vous retrouvez ci-dessous les liens vers les sites des différents syndicats nationaux de la profession pour choisir le praticien qui vous correspond, le bouche à oreille est aussi un excellent moyen.

Pour aller plus loin

Téléchargez notre plaquette sur la prévention des déformations positionnelles et des bons gestes au format lecture ici ou au format impression ici, et notre plaquette sur le repositionnement au format lecture ici, et au format impression ici.

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